Faune sous-marine
Le plus grand cimetière de baleines au monde découvert au fond de l’océan Indien

22 juin 2026
Près de 500 squelettes, dont certains âgés de 5,3 millions d’années, gisant à 7 000 mètres au fond de l’océan Indien… Des scientifiques viennent de découvrir le plus grand cimetière de baleines au monde et il regorge de vie.
Répartis sur un corridor long de 1 200 kilomètres à l’ouest de l’Australie, ces carcasses de cétacés soutiennent tout un écosystème, dont de nombreux organismes seraient inconnus de la science, selon une étude publiée le 10 juin dans Nature par des chercheurs chinois. Les scientifiques pensent que ces baleines sont mortes en si grand nombre dans cette zone parce qu’il s’agit d’une aire d’alimentation importante — combinée à une tranchée en forme de V qui canalise les carcasses vers les fonds marins.
C’est une « découverte vraiment unique », salue le paléontologue américain Stephen Godfrey, qui la compare à la première observation de sources hydrothermales regorgeant de vie au fond des océans en 1977. « Le plus ancien fossile, ainsi que de nombreux crânes plus récents, montrent que les [ossements] se sont accumulés sur ce site de façon ininterrompue pendant au moins cinq millions d’années », commente-t-il. Lorsque les baleines meurent, leurs corps coulent au fond des océans et nourrissent la faune des profondeurs — un phénomène appelé « chute de baleines ».
Les chercheurs ont été stupéfaits lorsqu’ils ont pris la mesure de leur découverte, confie Xiaotong Peng, de l’Académie chinoise des sciences et auteur principal de l’étude : « Découvrir une nécropole d’une telle ampleur était totalement inattendu : l’étendue de la distribution, la profondeur et l’éventail des âges dépassent tout ce que nous avions imaginé ». « Les écosystèmes florissants que nous avons vus nous ont offert une perspective complètement différente sur l’environnement par ailleurs sombre et froid qu’est le plancher océanique », détaille à son tour Peng Zhou, co-auteur de l’étude. Autour des carcasses, s’affairaient des méduses, des ophiures (proches des étoiles de mer), des vers foreurs d’os et des mollusques bivalves.
Une nouvelle espèce découverte
En 2023, les chercheurs chinois ont effectué 32 plongées à bord du petit submersible Fendouzhe, dans cette zone du sud de l’océan Indien appelée Diamantina. L’engin pouvait transporter jusqu’à trois personnes et collecter des fragments de fossiles à l’aide de bras robotisés. La plupart de 485 fossiles de cétacés recensés appartiennent à la famille des baleines à bec, ou Ziphiidae. L’une des espèces identifiées, jusque-là inconnue et aujourd’hui disparue, a été baptisée Pterocetus diamantinae. En extrapolant à partir du nombre de fossiles retrouvés, les auteurs estiment que plus de 10 millions de squelettes pourraient reposer au fond de l’océan dans la zone Diamantina.
Les tissus mous et les lipides contenus dans cette masse de carcasses représentent « à peu près 6,7 millions de tonnes de CO₂ piégé », explique Xiaotong Peng. Ces chutes de baleines constituent une immense source de nourriture pour les animaux vivant en eaux profondes, similaire aux sources hydrothermales qui créent leurs propres écosystèmes. Certains des animaux observés vivent également dans des sources hydrothermales et des suintements froids, ce qui suggère que les carcasses de baleines pourraient relier ces communautés marines profondes.
Bien qu’il s’agisse de loin du plus grand cimetière de baleines jamais découvert, des fossiles trouvés lors de chalutages laissent penser que d’autres pourraient exister, par exemple au large de l’Afrique du Sud ou de la péninsule ibérique, selon l’étude. Cette découverte remarquable apportera probablement de nouvelles connaissances, notamment sur les espèces vivant dans ces communautés dites chimiosynthétiques, que l’on pensait fortement réduites par la chasse commerciale à la baleine.
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