Faune sous-marine
La Réunion : une zone maritime à éviter pour limiter le risque de collision avec les cétacés

05 juin 2026
Le trafic maritime menace directement les écosystèmes marins de l’océan Indien.
La collision avec des navires est l’une des premières causes de mortalité non naturelle chez les grands cétacés. Jusqu’à 6% des individus photo-identifiés en mer et près de 20% des individus échoués en présentent les traces, estime le WWF, à l’heure où le trafic maritime double tous les 20 ans. Dans ce contexte, une étude de maîtrise des risques a été initiée à La Réunion entre 2020 et 2022, accompagnée d’une concertation avec les acteurs maritimes et environnementaux, dont l’association scientifique Globice. À l’issue de ces travaux, la France a proposé à l’Organisation maritime internationale (OMI) la création d’une « zone à éviter » au large de l’Île Intense afin de renforcer la sécurité maritime et son impact sur les écosystèmes.
Cette mesure vise principalement les navires en transit et sans escale prévue à La Réunion, dont la capacité ou le tonnage est supérieur à 300 tonneaux de jauge brute (petits cargos, navires spécialisés, certains ferries). Elle répond à l’augmentation importante du trafic maritime et de la taille des navires observée ces dernières années dans le bassin des Mascareignes. L’objectif est de réduire les risques d’échouement, de pollution marine et de collisions avec les cétacés présents dans les eaux réunionnaises.
Une application sous six mois
La zone proposée éloigne les navires des côtes les plus exposées aux vents, courants et houles, notamment au sud et à l’est de l’île. Elle permet également de limiter les interactions avec les activités de pêche et les habitats de mammifères marins. Le projet s’inscrit dans une démarche régionale coordonnée avec Maurice et soutenue par la Commission de l’océan Indien.
Déposé auprès de l’Organisation maritime internationale (OMI) en mars 2024, le projet avait passé une étape décisive l’année dernière en obtenant — « de haute lutte » selon Globice — un avis favorable du sous-comité NCSR (Sub-committee on Navigation, Communications and Search and Rescue). L’ultime étape consistait en l’approbation définitive par le Maritime Safety Committee (MSC), qui s’est réuni du 13 au 22 mai derniers et a entériné la mise en place de l’ATBA (Area To Be Avoided). La mesure entrera en vigueur sous six mois et sera publiée dans les instructions nautiques.
« Concrètement, dans six mois, les marins verront apparaître, sur ce qu’on appelle les cartes marines, une zone à éviter au large de La Réunion, détaille Thomas Rostin, porteur du projet et ancien directeur du CROSS Réunion, interrogé par LINFO.re. Les navires ne pourront pas entrer dans une zone qui s’étend à environ 40 km autour de La Réunion à l’ouest, à 25 km au nord et au sud, là où le risque est maximal, soit 30 à 50 miles nautiques, c’est-à-dire 60 à 100 km. »
Voir plus sur la thématique : Faune sous-marineCétacés, tortues… Comment limiter le risque de collisions en mer ?