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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Herpétologie

Des scientifiques découvrent sept nouvelles espèces de grenouilles à Madagascar

14 septembre 2026

Par : La rédaction // Illustration : Mark D. Scherz

Une équipe internationale de scientifiques a décrit plusieurs nouvelles espèces de grenouilles diamant de Madagascar, révélant que l’un des groupes d’amphibiens les plus mystérieux de l’île est encore plus diversifié qu’on ne le pensait jusqu’alors.

Avec ces nouvelles descriptions, le genre Rhombophryne compte désormais 27 espèces. En combinant l’étude de collections de musées, des travaux de terrain et des analyses ADN avancées, l’équipe scientifique a mis en lumière une diversité jusqu’alors insoupçonnée et résolu une énigme taxonomique vieille de plusieurs décennies. En clarifiant l’identité et la répartition de ces sept espèces discrètes de grenouilles diamant, cette récente étude constitue une base importante pour les futurs efforts de conservation dans les forêts malgaches, qui disparaissent rapidement.

« Les grenouilles diamant ont dissimulé leur diversité sous nos pieds, explique le Docteur Mark D. Scherz, conservateur en herpétologie au Musée d’histoire naturelle du Danemark. De nombreuses espèces passent la majeure partie de leur vie sous la litière de feuilles et, même lorsqu’elles émergent, elles peuvent être étonnamment difficiles à distinguer les unes des autres. » Ces habitudes discrètes font des grenouilles diamant certains des vertébrés les moins étudiés de Madagascar.

Les grenouilles diamant comptent pourtant parmi les amphibiens les plus caractéristiques de la Grande Île. Certaines espèces sont remarquablement rondes, rappelant les grenouilles de pluie d’Afrique continentale. D’autres sont des espèces aux longues pattes qui vivent dans la mousse, ou des espèces terrestres au corps robuste. Bien que la plupart paraissent brunes à première vue, certaines dissimulent des éclats orange ou des motifs blancs ou noirs très marqués sur leurs cuisses et le bas du dos.

Douze ans de travail

Le projet a débuté il y a plus de douze ans, après que les chercheurs aient rencontré à plusieurs reprises des grenouilles qui représentaient manifestement des espèces encore non décrites. Déterminer leur identité s’est toutefois révélé difficile, car les scientifiques ne parvenaient pas à établir avec certitude de correspondance entre les noms d’espèces historiques et les lignées génétiques actuelles. « Lorsque j’ai commencé ce projet, nous savions déjà que plusieurs espèces attendaient d’être décrites, et presque chaque expédition à Madagascar en révélait une nouvelle. Certaines étaient relativement faciles à décrire, mais d’autres étaient compliquées par les incertitudes entourant les anciens noms d’espèces. Démêler cette énigme a pris des années », explique encore Mark D. Scherz.

La percée est venue grâce à la muséomique, autrement dit, le séquençage de l’ADN provenant de spécimens historiques conservés dans les musées. En combinant les données génétiques issues de ces collections historiques avec celles de spécimens récemment collectés, ainsi qu’avec des analyses de l’anatomie externe et du squelette, ainsi que des chants des grenouilles, les chercheurs ont pu associer les noms historiques aux lignées évolutives correspondantes et lever plusieurs décennies d’incertitudes taxonomiques.

Les spécimens historiques conservés dans les musées se sont révélés essentiels pour déterminer l’identité de plusieurs espèces. « Les collections des musées sont bien plus que des archives du passé : elles constituent des ressources scientifiques essentielles pour comprendre la biodiversité aujourd’hui, commente la Docteure Alice Petzold de l’Université de Potsdam, qui a dirigé les travaux de muséomique. En séquençant des spécimens historiques, notamment les spécimens types originaux, nous avons pu répondre à des questions qui se posaient depuis plusieurs générations. »

Une base pour la conservation

Cette étude est le fruit d’une étroite collaboration entre des chercheurs et des institutions de Madagascar et d’Europe. Elle montre également à quel point la recherche sur la biodiversité et la conservation sont étroitement liées. De nombreuses grenouilles diamant vivent dans des forêts de plus en plus fragmentées par la déforestation, alors même que les scientifiques disposent encore de très peu d’informations sur la biologie de nombreuses espèces.

« Pour de nombreuses espèces, nous ne savons encore presque rien de leur biologie de la reproduction, de la taille de leurs populations ou de leurs exigences écologiques. Sans ces connaissances, il devient beaucoup plus difficile d’évaluer leur statut de conservation et de les protéger efficacement », précise le coauteur de l’étude, le Docteur Andolalao Rakotoarison, de l’Institut d’enseignement supérieur de Soavinandriana Itasy, à Madagascar.

Les résultats contribuent déjà à orienter la planification de la conservation à Madagascar. Lors d’un atelier consacré à la planification des aires protégées, organisé en mars 2026 dans le cadre du programme national Biodiversité 30×30, plusieurs des espèces nouvellement décrites, dont Rhombophryne quentini, ont directement contribué à des propositions visant à renforcer et à étendre les aires protégées.

Même après avoir décrit sept nouvelles espèces, les chercheurs concluent que d’autres actuellement sans nom, restent presque certainement à découvrir et à décrire scientifiquement. Bien que cette étude permette de répondre à de nombreuses questions restées en suspens pendant des années, Mark D. Scherz estime qu’elle ne constitue qu’un début : « Chaque espèce nouvellement décrite représente des millions d’années d’histoire évolutive unique. Plus nous en apprenons sur les remarquables amphibiens de Madagascar, plus il devient évident qu’il reste encore énormément de choses à découvrir. »

Traduit de l’anglais d’après un communiqué de l’Université de Copenhague.

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