Santé
Dengue et chikungunya : une solution efficace testée à La Réunion

04 mars 2026
Plusieurs mois après les premiers lâchers de moustiques mâles stériles à Saint-Joseph, le projet OpTIS, mené par le Cirad et l’IRD, affiche des résultats encourageants. L’opération a récemment été étendue à 175 hectares, contre 60 auparavant.
Une méthode innovante pour contrôler les populations de moustiques à La Réunion. Depuis six mois, des moustiques mâles stérilisés et imprégnés d’un biocide (pyriproxyfène) sont relâchés chaque semaine sur 60 hectares dans une zone littorale de la commune de Saint-Joseph, au sud de l’île. Cette méthode vise à induire la stérilisation des œufs et à traiter les gîtes abritant les larves de moustiques, ce qui devrait à terme contrôler les populations de moustiques Aedes, et, ainsi, limiter la transmission des virus de la dengue et du chikungunya.
Avant le début des lâchers, l’étude montrait que 63 % de la population humaine échantillonnée dans la zone d’étude avait contracté le chikungunya, soit au cours de l’épidémie de 2005-2006 ou celle plus récente de 2024-2025, et 11 % la dengue, soulignant l’importance de l’enjeu sanitaire pour le territoire. Par ailleurs, environ 80 % des personnes interrogées avant le début des lâchers se sont dites favorables à la mise en place de l’étude, la technologie proposée étant considérée comme efficace et ne présentant pas de risque pour la population et l’environnement.
L’élevage des moustiques à l’insectarium de l’IRD au Cyroi, à Saint-Denis, est concluant : 60 000 mâles stériles par semaine ont été produits sans la moindre interruption sur cette première phase de six mois. Les travaux conduisent à une production de masse de moustiques mâles de qualité, aptes au vol et compétitifs face aux moustiques sauvages sur le terrain. Le taux de mortalité de ces moustiques mâles issus de l’insectarium, après stérilisation et après lâchers, est en moyenne inférieur à 5 %, et le plus souvent autour de 2 %, ce qui constitue un excellent indicateur de leur qualité. Les protocoles sont en cours d’optimisation afin de maintenir la qualité et l’efficacité de cette production qui sera augmentée à 175 000 mâles stériles par semaine en raison de l’extension de la surface traitée prévue pour les 12 prochains mois.
Les suivis entomologiques montrent une réduction de 35 à 55 % des populations de moustique tigre dans la zone de lâcher, associée à une réduction importante des densités des autres moustiques, notamment Aedes aegypti et Culex quinquefasciatus. Malgré une saison des pluies très intense et favorable à la prolifération des moustiques, l’augmentation de la taille de ces populations est restée très limitée dans la zone traitée par rapport à la zone témoin. Cet effet est renforcé par l’utilisation du biocide, qui empêche le développement des larves dans les gîtes de reproduction des moustiques. Ces résultats confirment l’efficacité de la technique de l’insecte stérile.

Un suivi environnemental rassurant
Déterminant pour la suite du projet, le suivi de la faune non-cible est, lui aussi, rassurant : le traitement appliqué aux moustiques mâles stériles ne perturbe pas les autres espèces vivant dans le même environnement. Les analyses chimiques n’ont pas permis de détecter le pyriproxyfène dans les gîtes larvaires suivis, même si sa présence dans une partie des gîtes de la zone est confirmée par l’impact sur les populations de moustiques. De plus, aucun effet spécifique n’a été observé sur les ruchers d’abeilles suivis dans la zone d’intervention. Ces études constituent également une opportunité de mieux connaitre la biodiversité locale, avec l’identification d’espèces non recensées à La Réunion, ou même encore jamais décrites !
Les analyses ont mis en évidence l’importance d’une couverture homogène de la zone d’étude par les lâchers de moustiques mâles stériles imprégnés. Pour mieux couvrir l’ensemble de la zone concernée, la stratégie de lâchers évolue : les moustiques mâles seront désormais lâchés par drones dans les aires non urbanisées et par un dispositif automatisé au sol dans le reste de la zone d’intervention. Des outils de modélisation éprouvés comme ArboCarto permettront d’identifier les zones à forte densité de moustiques et une intelligence artificielle permettra d’optimiser le trajet de l’équipe lors des opérations de lâchers
Conformément à ce qui avait été prévu dans le projet, et au vu des résultats obtenus, les partenaires ont validé l’extension de l’intervention. Début mars, les lâchers ont couvert 175 hectares, augmentant le nombre de moustiques mâles stériles imprégnés relâchés par semaine à 175 000. Une restitution des résultats sera proposée aux habitants de la commune de Saint-Joseph, lors d’une réunion publique ouverte à toutes et à tous qui sera organisée dans les prochaines semaines. L’équipe en charge du projet pourra ainsi répondre à toutes les questions.
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