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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Herpétologie

De nouveaux geckos exotiques s’installent-ils à La Réunion ?

02 octobre 2026

Par : La rédaction // Illustration : P. pusilla pusilla ©Nicolas Huet (NOI)

Deux espèces de Phelsuma originaires de Madagascar viennent d’être détectées à La Réunion. Leur présence, à proximité du très rare Phelsuma inexpectata, appelle désormais une vigilance particulière.

Les geckos diurnes du genre Phelsuma comptent parmi les reptiles les plus emblématiques de l’ouest de l’océan Indien. Leur principal centre de diversification se situe à Madagascar et dans les archipels voisins, mais plusieurs espèces ont également été transportées en dehors de leur aire de répartition native. Certaines d’entre elles constituent aujourd’hui des espèces exotiques envahissantes dans plusieurs territoires.

À La Réunion, la mosaïque actuelle de Phelsuma associe deux taxons endémiques et quatre taxons exotiques. Parmi ce second groupe,  Phelsuma laticauda et Phelsuma grandis sont déjà présents depuis plusieurs années et largement établis sur l’ensemble de l’île, alors que Phelsuma lineata et Phelsuma astriata semblent cantonnés à de petites poches de population isolées. Cependant, en début d’année 2026, lors de prospections naturalistes menées par l’association Nature Océan Indien (NOI), deux nouvelles espèces de Phelsuma exotiques, originaires de Madagascar, ont pu être détectées sur le territoire : Phelsuma pusilla pusilla et Phelsuma quadriocellata bimaculata.

Le 12 janvier 2026, deux individus de P. pusilla pusilla (un mâle adulte et un juvénile) ont été observés dans la commune de Petite-Île, au sud de l’île. Pour confirmer la présence de cette espèce et son étendue, près de 100 observations ont été réalisées sur plusieurs mois : 70 adultes (23 de sexe indéterminé, 27 mâles, 20 femelles dont deux gravides) et 27 juvéniles, sur une surface de 3,5 hectares. Lors de l’une des prospections, sept individus adultes de P. quadriocellata bimaculata (trois mâles et quatre femelles dont trois gravides) ont également pu être détectés, uniquement dans un jardin privé de 0,2 hectares. Cette espèce n’a toutefois pas été observée de nouveau au cours des prospections suivantes.

Deux espèces proches mais bien distinctes

Les observations de ces deux nouvelles espèces ont été réalisées principalement sur des plantes exotiques (77 %), mais aussi sur des plantes indigènes (9 %) et sur différents supports anthropiques, comme des bâtiments ou d’autres aménagements (14 %). Ces deux espèces appartiennent au même grand groupe que P. lineata. Elles sont donc proches sur le plan évolutif, même si elles appartiennent à des sous-groupes différents. Cette proximité explique notamment certaines ressemblances générales dans leur apparence. Pour les distinguer et confirmer leur identification, plusieurs caractéristiques physiques décrites dans différents travaux scientifiques ont été utilisées.

P. quadriocellata bimaculata © Aurelien Dessort (NOI)

Pour P. pusilla pusilla, contrairement à P. lineata, la longueur du corps dépasse rarement les 40 mm et la bande noire présente sur le côté du corps est peu marquée, voire même absente. Le contour de l’œil est jaune et la queue présente des segments bien visibles. On observe également des marques rouges sur le museau, ainsi que des taches rouges de taille variable qui s’étendent du milieu vers le bas du dos. Chez P. quadriocellata bimaculata, le corps mesure généralement moins de 50 mm. La bande noire latérale est cette fois systématiquement absente, mais des taches noires en forme d’ocelles peuvent être visibles à l’arrière des pattes antérieures. Elles peuvent toutefois manquer chez cette sous-espèce dans la région de Nosy Boraha, ou Sainte-Marie, à Madagascar. Comme chez P. pusilla pusilla, le contour de l’œil est jaune et la queue est fortement segmentée. De petites taches rouges sont présentes sur le museau. Une ligne rouge suit également le milieu du haut du dos, puis se prolonge par des taches rouges sur sa partie inférieure.

L’origine exacte de l’introduction de ces deux espèces reste à déterminer, mais l’hypothèse la plus probable pointe vers une introduction d’origine anthropique, potentiellement depuis la côte est et le nord-est de Madagascar. Phelsuma pusilla pusilla y est notamment présent dans des milieux fortement modifiés par l’être humain, suggérant que les deux espèces pourraient avoir été introduites à La Réunion avec des végétaux, par exemple des plantes ornementales, ou avec d’autres marchandises. Pour vérifier cette hypothèse, il faudrait notamment étudier les échanges locaux de plantes et de matériaux entre Madagascar et La Réunion et comparer génétiquement les populations de La Réunion avec celles de Madagascar. Il est aussi possible que ces espèces aient été introduites volontairement. Ce type d’introduction a déjà été observé par le passé, notamment chez P. laticauda.

Un risque potentiel pour la faune locale

Ces découvertes viennent enrichir l’inventaire des Phelsuma exotiques présents sur l’île de La Réunion et surviennent dans un secteur particulièrement sensible pour la conservation de l’herpétofaune locale. En effet, ces deux espèces sont présentes à seulement deux kilomètres de populations du gecko vert de Manapany (Phelsuma inexpectata).

P. inexpectata © Nature Océan Indien

Endémique de l’île, cette espèce classée en danger critique d’extinction est déjà largement impactée par la fragmentation des populations et les pressions des espèces exotiques envahissantes. L’arrivée de nouveaux taxons exotiques doit être interprétée comme un enjeu conservatoire majeur et non comme une simple nouveauté biogéographique. De plus, ces espèces n’ont jamais été signalées comme introduites hors de leur aire de répartition naturelle, selon la publication qui fait état de ces récentes observations. Leurs comportements ainsi que leur potentiel envahissant restent donc inconnus à ce jour.

Cependant, dans un cadre de prévention des risques (maladies, parasites, compétition pour la ressource alimentaire ou l’habitat…) pour les espèces locales et compte tenu de la réglementation en vigueur à La Réunion, un effort de lutte est d’ores et déjà mis en place pour limiter l’expansion de ces espèces ou tenter de les éradiquer. L’ensemble des individus prélevés restera disponible pour de futures analyses.

 

Un guide en accès libre pour identifier les amphibiens et reptiles de La Réunion

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