Boutique

Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Faune sous-marine

Being the Shark : comprendre les requins pour mieux les protéger

05 septembre 2026

Par : La rédaction // Illustration : © Fred Buyle

Longtemps diabolisés et mal compris, les requins sont aujourd’hui en danger critique d’extinction, victimes de la surpêche, du commerce des ailerons et de la dégradation de leurs habitats. Mené dans l’océan Indien, le projet Being the Shark entend explorer la perception qu’ont les requins de la présence humaine dans leur environnement, à Maurice et à La Réunion.

Approcher les requins pour mieux comprendre leur comportement face à l’humain : c’est le point de départ de Being the Shark, porté par l’association Seabiose et l’Observatoire marin de La Réunion (OMAR). Cette expédition à la fois scientifique et humaine se jouera entre Maurice et La Réunion, de novembre 2026 à décembre 2027. Sur ces territoires où la cohabitation entre humains et grands prédateurs marins est une question sensible et bien réelle, l’équipe ira à la rencontre des espèces présentes afin d’observer leurs comportements en situation d’interaction contrôlée, en plongée, en apnée et lors de sessions d’observation en mer afin d’identifier les pratiques minimisant le dérangement et les risques. À partir de ces observations, le projet co-construira avec les acteurs locaux une charte d’approche responsable et développera des outils de sensibilisation pour favoriser une coexistence durable entre sociétés humaines et grands prédateurs marins.

Derrière cette idée, trois passionnés de la mer. Antonin Blaison, docteur en biologie marine et ingénieur agronome, est spécialiste des requins et des raies. Il étudie leurs comportements et leurs interactions avec l’humain à l’Observatoire Marin de La Réunion, où il dirige un programme de suivi acoustique. Cofondateur du projet, il en est le directeur d’expédition et le responsable hyperbare. À ses côtés, Pablo Rocha, ingénieur environnement, président de Seabiose et chargé de missions pour l’Établissement public d’aménagement et de gestion des eaux (EPAGE HuCA), conçoit des outils pédagogiques et des contenus de sensibilisation autour de l’eau. Cofondateur du projet, il partage le rôle d’apnéiste principal. Enfin, Morgan Bourc’his, triple champion du monde d’apnée, œuvre aujourd’hui pour la protection des océans à travers des projets scientifiques et documentaires. Il est également l’un des apnéistes principaux du projet et participe à sa conception.

À La Réunion et à Maurice, la présence de requins façonne à la fois les pratiques en mer, les représentations collectives et les politiques de gestion du littoral. L’expédition cherchera à mieux comprendre ces interactions, mais aussi à rencontrer les acteurs locaux, scientifiques, usagers de la mer et habitants, afin d’interroger les savoirs, les perceptions et les stratégies de coexistence développées au fil du temps. Ce projet mêle science, exploration et transmission avec un objectif clair : faire évoluer notre regard sur ces animaux fascinants, mieux comprendre leur comportement face à l’humain et contribuer à leur protection en favorisant une coexistence respectueuse et sécurisée entre les sociétés humaines et les grands prédateurs marins.

Changer de pratiques

Des phases d’observation et de tests de terrain seront menés sur différents sites fréquentés par les usagers de la mer. Ces observations porteront sur les réactions comportementales des animaux face à différentes modalités d’approche, comprenant le type d’activité, le nombre d’observateurs et différents angles d’approche. Les comportements seront analysés à l’aide d’éthogrammes afin d’identifier les seuils de tolérance, les situations de dérangement et les pratiques d’observation minimisant l’impact sur les animaux. Cette action permettra de produire des recommandations scientifiques directement opérationnelles, applicables aussi bien lors d’activités dédiées (plongée, apnée, shark watching…) que lors de rencontres fortuites en milieu naturel.

Des ateliers écoparticipatifs seront organisés afin d’associer l’ensemble des usagers concernés par les rencontres avec les requins et les raies : plongeurs, apnéistes, professionnels du tourisme, pêcheurs, gestionnaires d’espaces naturels et associations locales. Ces rencontres constitueront des espaces de dialogue et de travail collectif autour des savoirs scientifiques, des expériences de terrain et des réalités locales. Les résultats issus de l’action scientifique seront présentés de manière accessible afin de partager les connaissances acquises sur le comportement des requins et des raies face aux approches humaines. Les participants seront invités à confronter ces données à leurs pratiques, à leurs contraintes et à leurs observations, dans une logique de co-construction.

L’objectif est d’aboutir à une charte d’approche et d’observation des requins et des raies en milieu naturel, définissant des règles concrètes, réalistes et adaptées. Une attention particulière sera portée à la prise en compte des usages existants, des enjeux de sécurité et des spécificités des sites, afin que la charte ne soit pas perçue comme une contrainte extérieure, mais comme un outil partagé au service de la coexistence. L’implication directe des acteurs locaux dès cette phase est essentielle pour garantir l’acceptation sociale de la charte, son appropriation par les usagers et sa mise en œuvre effective sur le terrain. Cette démarche participative vise également à encourager une dynamique collective d’amélioration continue des pratiques, au-delà de la durée du projet.

Changer de regard

Le projet Being the shark vise aussi à accompagner la mise en œuvre de la charte et à transformer durablement le regard porté sur les requins et les raies, et, plus largement, sur notre relation au sauvage. Il repose sur plusieurs outils complémentaires de sensibilisation et de transmission. Combinant rigueur scientifique, immersion sensible et récit de terrain, il prévoit par exemple la réalisation d’un carnet de voyage artistique enrichi de dessins, de peintures et de textes. Ce support illustrera le lien au sauvage, la beauté des milieux naturels et la recherche de notre place au sein d’écosystèmes devenus, pour beaucoup, étrangers. Cet objet sensible permettra d’aborder autrement la coexistence, en mobilisant l’émotion, l’introspection et l’imaginaire comme leviers de compréhension et de reconnexion à la nature. Il s’accompagnera de la création d’une exposition photographique issue des missions de terrain, mettant en valeur les animaux rencontrés, les écosystèmes étudiés et le travail scientifique mené, afin de valoriser la beauté et la fragilité du patrimoine naturel.

L’ensemble des actions menées dans le cadre du projet, qu’il s’agisse de l’étude scientifique, des rencontres de terrain, de la réalisation d’un film documentaire ou des outils de sensibilisation et de communication, poursuit un objectif commun : contribuer à améliorer durablement la coexistence entre les sociétés humaines et les requins dans les territoires concernés. En rendant accessibles les connaissances produites, en valorisant les savoirs locaux et en proposant des outils concrets comme la charte d’approche, le projet vise à accompagner une évolution des perceptions et des pratiques. À travers cette démarche, il s’agit de poser les bases d’une relation plus apaisée, mieux comprise et plus responsable, afin de favoriser, dans les années à venir, une coexistence durable entre les humains et ces grands prédateurs essentiels à l’équilibre des écosystèmes marins.

Replay : Les raies et requins de l’océan Indien occidental

Voir plus sur la thématique : Faune sous-marine