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Regards sur la biodiversité dans le sud-ouest de l'Océan Indien

Biologie

Andilyat Mohamed : Comment étudier la flore des Comores ?

30 avril 2026

Par : La rédaction

Andilyat Mohamed dirige l’Herbier des Comores depuis sa nationalisation, en 2015. Depuis, l’établissement a diversifié ses travaux afin de mieux comprendre les dynamiques de la flore locale.

Gecko : Comment fonctionne l’Herbier national des Comores ? Que permet-il d’étudier ?

Andilyat Mohamed a consacré sa thèse à la phytogéographie.

Andilyat Mohamed : Il y a trois laboratoires au sein de l’Herbier. D’abord, le laboratoire de biodiversité et écosystème abrite la collection d’herbiers. Nous n’avons pas de jardin botanique, mais nous produisons des plantes endémiques, que nous distribuons ensuite à des partenaires pour des projets de reboisement, notamment dans des communes comme Moroni. Ensuite, le laboratoire des sciences du végétal vise à valoriser les espèces endémiques médicinales et alimentaires, comme Dioscoria comorensis, dont on consomme les tubercules. Aux Comores, elles sont malheureusement négligées : elles sont peu cultivées et on ne les trouve pas sur les marchés. Alors, nous participons à leur collecte, leur identification, leur transformation et leur valorisation. Enfin, le laboratoire de géomatique traite tout ce qui concerne l’imagerie satellite. On y fait de la télédétection appliquée à l’écologie afin d’étudier la distribution des végétaux dans l’espace. Ces données sont essentielles car elles complètent celles du terrain en leur donnant une autre perspective. Nous travaillons aussi sur la comptabilité écosystémique du capital naturel, selon une méthodologie proposée par la Convention sur la diversité biologique, afin d’estimer la valeur monétaire des milieux naturels, notamment à travers l’eau ou le carbone. Tout ça est également géré par le le laboratoire de géomatique

Dans quelle mesure la flore comorienne est-elle connue et documentée aujourd’hui ? 

J’ai personnellement publié la liste floristique globale des Comores, en commençant par l’île de Ngazidja. La plupart des espèces avaient déjà fait l’objet de travaux avec le Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Jean-Noël Labat y avait conservé des collections de plantes de l’archipel, ce qui a facilité leur détermination. Cela nous a permis de comparer ce que nous observons aujourd’hui avec les récoltes anciennes. À Paris, nous avons retrouvé des spécimens datant du 19e siècle, qui indiquaient quelles plantes étaient présentes à tel endroit ou dans telle ville. Cette connaissance est essentielle : elle nous aide aujourd’hui pour la restauration écologique et les programmes de reboisement.

Les herbiers permettent-ils ainsi de mieux comprendre l’évolution de la flore des Comores dans le temps ? 

Oui. En 2006, lorsque j’ai commencé les inventaires, certaines espèces, y compris envahissantes comme Lantana camara, ne se trouvaient qu’à moins de 500 mètres d’altitude. Aujourd’hui, on observe une migration vers des altitudes plus élevées, probablement à la recherche de fraîcheur avec le changement climatique. On voit aussi que certaines espèces envahissantes colonisent désormais tous les espaces disponibles. C’est le cas du Hedychium, un gingembre sauvage. Avant, sur Ngazidja, il était strictement présent entre 400 et 600 mètres d’altitude. Aujourd’hui, il est partout : en dessous, au-dessus… Cela devient très difficile à gérer à l’échelle des îles. Grâce aux herbiers, on sait précisément ce que l’on a, ce que l’on a perdu et quelles espèces sont en train de coloniser.

Le goyavier rouge (Psidium guajava) dominait le paysage de Ngazidja avant de se propager de manière « très agressive » à ses voisines, Anjouan et Mohéli.

Cet extrait vous a plu ? Voici ce qu’il vous reste à explorer avec notre nouveau numéro semestriel :

• Un état des lieux détaillé de la connaissance de la flore de Maurice et des Comores ;
• Les différents types de forêts des îles de la région, leurs caractéristiques, leur originalité et les menaces auxquelles elles sont confrontées ;
• La complexité socio-économique à appréhender pour mieux envisager la conservation des forêts.

 

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